Le 6 septembre 2013 restera pour toujours l’un des jours les plus forts de ma vie.
Ce jour-là, j’ai vécu une expérience aérienne hors du commun, bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.
J’ai pris place à bord d’un Hawker Hunter T MK 68, aux côtés d’une véritable légende de l’aviation suisse : Claude Nicollier. Pendant une vingtaine de minutes, j’ai eu le privilège de voler avec lui. Sa gentillesse, sa simplicité et son envie de partager ont transformé ce vol en un moment exceptionnel.
Notes
Les 3 pilotes du Hunter pour Espace Passion sont:
- Raymond CLERC, ancien pilote militaire, pilote de ligne au moment de ce vol;
- Marco LUPI, ancien pilote militaire, pilote de ligne au moment de ce vol;
- Claude NICOLLIER, ancien pilote militaire, pilote d’essais et astronaute.
Mon vol est le premier de la journée, il est prévu à 08h45 avec Raymond CLERC comme pilote. Mon collègue Kurt qui a également réservé un vol le même jour est prévu à 10h30 avec Claude NICOLLIER.
Arrivés sur place, nous rencontrons Claude NICOLLIER qui nous précise qu’il fera le premier vol, car il doit ensuite partir. Il nous demande qui de nous 2 souhaite le faire et Kurt me cède la priorité, MERCI Kurt et je volerai donc avec Claude!
Kurt volera ensuite avec Raymond CLERC, mais le vol sera malheureusement écourté suite à un problème de transfert de carburant entre les réservoirs. Il aura la possibilité de faire un vol long (45 minutes) au prix du vol court l’année suivante avec…Claude comme pilote, le jour des 65 ans de ce dernier, qui s’est visiblement fait très plaisir! Les choses n’arrivent peut-être pas par hasard…
Revenons à mon vol…
Après l’accueil et la partie administrative, il est temps de s’équiper. Dès l’habillage, l’aventure commence. On m’aide à enfiler la combinaison anti-g et à lacer le fameux « corset » : ça devient tout de suite sérieux… et excitant. On enchaîne avec l’essai du couteau type cran d’arrêt, celui qu’on utiliserait pour se sortir d’une mauvaise situation après une éjection. Rien que ça. Le ton est donné. On est aussi instruit sur le fonctionnement du masque à oxygène.
Vient ensuite le briefing. Claude Nicollier nous explique calmement les zones de vol autorisées : plafond à FL130 dans les zones militaires, mais avec une petite fenêtre entre 8h00 et 9h00 pour grimper jusqu’à 20’000 ft. Je lui demande si on est limités à 250 kts sous 10’000 ft. Sa réponse fuse, sourire en coin : « Je prends sur moi, mais on ne peut pas respecter, le Hunter vole mal à ces vitesses ». Il me le démontrera plus tard, à l’approche de Payerne.
Installation dans le cockpit. Un mécanicien m’explique le système d’éjection et les instruments essentiels.
Puis vient le sanglage : étonnamment, je ne me sens pas trop à l’étroit, mais une chose est sûre… impossible de lever les jambes. On teste ensuite la combinaison anti-g : j’appuie sur le bouton, elle se gonfle autour des jambes et du bas-ventre. Sensation étrange et franchement marrante ! Casque, gants, et nous voilà tirés hors du U (le hangar).
Au roulage, on se retrouve derrière deux F/A-18, dont un biplace. Claude lâche alors, presque avec regret, que c’est dommage que le siège passager soit vide. On s’aligne juste derrière eux pour le décollage… ambiance carte postale de l’aviation militaire.
Alignement, plein gaz… et c’est parti ! Le réacteur pousse fort, mais avec le recul, ce n’est pas forcément plus brutal qu’un avion de ligne. Claude tire assez rapidement sur le manche pour soulager la roue avant.
Le décollage est plutôt plat, la vitesse augmente, puis on part en virage à droite en montée — déjà 350 km/h.
On met le cap globalement vers la Tour d’Aï. À ma grande surprise, Claude sort un appareil photo de sa poche et me photographie tranquillement. Il place même l’avion pour avoir la meilleure lumière… le tout à 700 km/h. Tranquille.
Puis il me passe les commandes. Ouah. C’est ultra sensible ! Je dois viser l’espace entre les deux sommets de la Tour d’Aï.
Il reprend le manche et on passe pile au milieu. Juste… génial.
On poursuit vers les Diablerets, puis la Plaine Morte, le glacier au-dessus de Crans-Montana. Claude commence à jouer avec les nuages : virage à 90° d’inclinaison autour d’un nuage, 3 g… c’est incroyable. Il « surfe » littéralement au-dessus de la couche. On longe ensuite des crêtes. Avec la couverture nuageuse, je perds un peu mes repères, mais le vol est d’une douceur impressionnante : trajectoires tendues, aucune turbulence, pas de bruit, et un panorama absolument exceptionnel.
Puis la balade se termine. Place aux choses sérieuses. Arrivée par l’Ouest sur le glacier d’Aletsch. Virage serré à droite, à une altitude inférieure aux crêtes : 4.1 g. La combinaison anti-g se gonfle instantanément. C’est violent, mais largement supportable. On suit ensuite une portion de la langue du glacier.
On enchaîne quelques tonneaux, puis Claude demande l’autorisation de monter plus haut. Il effectue un premier looping, puis un second un peu plus tard, juste au-dessus du glacier. Incroyable. Pas besoin de piquer pour prendre de la vitesse : il suffit de tirer sur le manche et l’avion monte. Au sommet de la boucle, vers 20’000 ft, on est à la limite du décrochage. Il ne faut presque plus tirer, juste laisser l’avion suivre sa trajectoire… puis retomber. Sensations folles jusqu’à la ressource.
Pour les tonneaux, il faut lever légèrement le nez, puis utiliser uniquement les ailerons […]
Claude me rend ensuite le manche. Je dois bien pousser pour passer en dessous d’un nuage. Tout va très vite — entre 650 et 800 km/h — sans qu’on s’en rende vraiment compte, mais le nuage, lui, arrive très vite !
Notre trajet nous fait passer par St-Stephan, Saanen, puis le lac de Gruyère. J’accepte ensuite un vol dos (bien entendu). Sensation géniale : on est suspendus dans les sangles, obligés de maintenir des g négatifs pour rester en palier.
On passe au-dessus de Lucens (que je reconnais) et on est autorisés pour une approche directe en piste 05. En finale, vitesse d’environ 180 km/h. Arrivés au niveau de l’autoroute, Claude coupe complètement les gaz et arrondit au seuil de piste. Atterrissage ultra doux, un vrai « kiss landing ». Le choc est même plus marqué sur la roue avant que sur le train principal. Il freine très peu, mais déploie le parachute de freinage. Et voilà… on roule. C’est déjà fini.
Séance photos pour conclure.
Le retour à Payerne avait un goût de douce nostalgie, mais le souvenir, lui, reste intact : un vol magique, gravé pour toujours dans ma mémoire.
Sentiment général
Malgré sa taille, le Hunter est puissant et semble assez facile à piloter. Les commandes sont légères, on est bien installé, bien plus confortablement que je ne l’imaginais. La combinaison anti-g se déclenche dès 2 g : c’est surprenant au début, puis on s’y habitue très vite. Bref, une machine magnifique.
Claude Nicollier est incroyablement sympa, détendu, toujours en train de plaisanter avec les mécanos ou de discuter en vol. Il est parfaitement à l’aise aux commandes et inspire une totale confiance. Toute l’équipe est d’ailleurs dans le même esprit : chaleureuse, professionnelle, et très attentionnée. On est vraiment pris en charge du début à la fin.
À l’origine, je voulais m’offrir cette aventure pour mes 40 ans. Mais quelque chose me disait qu’il ne fallait pas trop attendre : le Hunter devenait de plus en plus difficile à maintenir en état de vol, faute de mécaniciens qualifiés.
J’ai bien fait d’y aller plus tôt… les vols se sont arrêtés avant même que j’atteigne mes 40 ans.
Petite anecdote pour finir : Une dame de 74 ans effectuait ce même jour son 35ème vol, majoritairement effectué en Mirage III. Je l’ai entendue dire : « J’ai bien réussi à maintenir le palier cette fois ».
Respect absolu. ✈️🔥
Certificat de vol
| Appareil | Hawker Hunter TMk. 68 (J-4203 / HB-RVW) |
| Vol passager N° | 419 |
| Date | 6 septembre 2013 |
| Décollage de | Payerne piste 05 |
| Durée | 25 minutes (max 4.1g) |
| Atterrissage à | Payerne piste 05 |
| Chemin de vol | Châtel St-Denis – Tour d’Aï – Diablerets – Plaine Morte – Lötschenlücke – Aletsch – (loopings) – Fiesch – Finsteraarhorn – St-Stefan – Saanen – Lucens – Payerne |
| Livre d’or | Passagers Hunter 2013 – Clin d’Ailes |





























