Solo Cross-Country 1997 → MSFS 2025 – Étape 2 : De Yuma (KNYL) à Twentynine Palms (KTNP)… puis L22 !

Après un bon sandwich pour faire redescendre la pression, il est temps de repartir.

Je me sens tout petit à côté de cet appareil…

À peine ai-je décollé de Yuma et repris un cap vers le nord que deux F-15 surgissent et me frôlent à pleine vitesse. Impossible de savoir s’ils m’ont vu… mais moi, en tout cas, je les ai bien vus. Nouveau petit moment de solitude en cockpit, et une pensée immédiate : j’aurais peut-être dû être plus clair avec le contrôle aérien. Trop tard. Je poursuis, un peu moins serein, vers ma première balise.

Heureusement, en continuant vers le nord, le décor change rapidement. J’entre dans des zones bien plus désertiques, et avec elles, un sentiment de tranquillité… relatif.

Je longe alors le fleuve Colorado, véritable artère vitale du Sud-Ouest américain. À cet endroit précis, il marque la frontière entre l’Arizona et la Californie. Difficile de ne pas penser à son importance : des milliers de kilomètres, des paysages mythiques comme le Grand Canyon, et surtout une source d’eau essentielle pour des millions de personnes. Vu d’en haut, il tranche littéralement avec l’aridité environnante.

Je longe la frontière entre l’Arizona et la Californie, le long du Colorado

Après le passage du second VOR, le décor devient encore plus austère. Du désert, encore du désert. Quelques collines, des routes droites à perte de vue… faciles à suivre, mais toutes identiques. Le genre d’endroit où une petite erreur de navigation peut vite arriver.

Cela dit, il y a un avantage non négligeable : en cas de panne moteur, on a l’embarras du choix pour se poser. Bon… il faudra juste être patient avant de croiser quelqu’un.

Petit clin d’œil au présent : dans cette version MSFS 2024, j’aperçois plusieurs parcs solaires. Évidemment absents en 1997. Comme quoi, même en revivant le passé, le monde moderne s’invite dans le paysage.

Parc solaire

Je passe ensuite au nord du parc national de Joshua Tree. Impossible de ne pas penser à l’album mythique de U2. Bande-son parfaite de toute cette aventure à l’époque… et encore aujourd’hui, il faut bien l’avouer.

Parc national de Joshua Tree

L’arrivée sur KTNP est, elle, plutôt simple. Il suffit de suivre la route depuis le VOR, et la piste apparaît quasiment toute seule, lovée dans un virage. Une formalité après les émotions du départ.

On aperçoit le VOR TNP juste sous mon aile gauche

Je me pose, roule tranquillement… et pars à la recherche du camion-citerne pour faire le plein.

Il y a beaucoup plus d’activités que dans mes souvenirs!

Et là… surprise.

Le camion est bien là. Mais vide.

Les 2 jauges indiquent que mes réservoirs sont presque vides!

Moment de flottement.

Petit rappel : nous sommes en 1997. Pas de smartphone, pas d’appli miracle. Je me débrouille donc pour joindre mon instructeur par téléphone, tant bien que mal. Après discussion, décision est prise : je repars vers un autre aérodrome, un peu plus loin, où je devrais pouvoir ravitailler.

Pas vraiment rassurant, avec des jauges qui flirtent dangereusement avec le vide.

Je redécolle donc rapidement, l’œil rivé sur le niveau de carburant.

Chaque minute semble un peu plus longue que la précédente.

Je surveille mes jauges en permanence.
La piste de L22 est assez facile à trouver car elle se situe au bout de cette route droite.

Mais 15 minutes plus tard, soulagement : je suis posé. Et cette fois, pas de mauvaise surprise — je peux enfin faire le plein pour attaquer la dernière étape.

Une escale imprévue de plus dans ce voyage.

Avec le recul, difficile de ne pas constater que ce vol manquait sérieusement de planification. Mais au fond… c’est aussi ce qui en fait toute la saveur.

Parce que oui — c’est aussi ça, l’aventure.

Le tracé effectif de mon vol virtuel

Addons utilisés pour ce vol


👉 Dans le prochain post : la dernière grande étape, retour vers Montgomery Field (KMYF), avec quelques turbulences, du relief et le plaisir de voir San Diego réapparaître au loin…

Solo Cross-Country 1997 → MSFS – Étape 1 (Partie 2) : De Jacumba (L78) à Yuma (KNYL)

Après la pause à Jacumba (L78), le désert paraît encore plus vaste et silencieux que lors du départ. En redécollant vers l’est, on entre dans une zone où les repères se raréfient et où le paysage devient un immense patchwork de rocailles, plaines arides et montagnes basses striées par le vent et le soleil.

Direction plein Est après un décollage piste 25.

Traversée du désert : un couloir aride aux limites mouvantes

Très vite, la route plonge vers les grandes étendues plates qui annoncent l’Imperial Valley, région agricole improbable surgissant au milieu du désert. Entre deux terrains militaires, quelques zones d’irrigation apparaissent comme des mosaïques vertes dans un océan de sable.
En simulation, ces contrastes sont sublimés par la lumière : ça semble presque irréel, mais très proche du souvenir de 1997.

Je quitte les derniers reliefs en arrivant dans l »Imperial Valley« .
L’étendue irriguée s’approche.
La principale ville de l’Imperial Valley : El Centro. Avec derrière mon hauban, la base aéronavale NAF El Centro, base d’entraînement d’hiver des célèbres Blue Angels!
Etonnant patchwork.
Arrivée vers Yuma, attention à la frontière mexicaine!

Une frontière en angle droit… à ne surtout pas “couper”

La particularité de cette approche vers Yuma, c’est la frontière mexicaine.
Loin d’être une simple ligne verticale ou horizontale, elle forme ici une sorte d’angle droit presque géométrique, que la trajectoire frôle de très près.
Se laisser dériver trop au sud, même légèrement, aurait signifié passer dans l’espace aérien mexicain — une erreur qui aurait mis un sérieux coup d’arrêt au rêve du PPL, et ajouté une bonne dose d’administratif.

Autant dire qu’entre le vent, la dérive, la radio et la navigation, j’avais les yeux partout.

“Student Pilot”… avec un accent français

C’est là qu’un petit moment de stress m’a marqué à vie : les communications radio.

Je me souviens très bien de la difficulté à comprendre les contrôleurs dans cette région, l’accent local, les fréquences parfois chargées… et mon propre accent francophone qui n’aidait pas toujours à être immédiatement compris.
Résultat : j’enchaînais les « Student pilot » à presque chaque transmission, comme pour dire : “Soyez indulgents, je fais ce que je peux !”.

Avec le recul, il y a eu un point où j’aurais dû faire mieux : mon instructeur ne m’avait pas vraiment préparé à cette arrivée particulière, et j’ignorais qu’il fallait contacter SoCal Approach avant d’appeler la tour de Yuma.
Je l’ai appris bien plus tard… mais sur le moment, j’ai simplement improvisé, un peu tendu, mais suffisamment pour m’en sortir.

Direction plein Sud pour rejoindre la longue finale de la piste 8.

Yuma (KNYL) : une piste gigantesque pour un Cessna 152

Quand la piste de Marine Corps Air Station Yuma est enfin apparue dans le pare-brise, c’était un soulagement.
Et surtout : un choc visuel.

Je me souviens avoir été persuadé que je pouvais me poser dans la largeur de la plus petite des 5 pistes (piste 8), tellement elle me semblait immense !
En simulation, ce ressenti est intact : cette piste est démesurée pour un petit Cessna 152 qui traîne son ombre à 60 nœuds en courte finale.

Etant donné que mes souvenirs étaient un peu vagues quant à la trajectoire à emprunter pour arriver vers la piste 8, j’ai « observé » quelques trajectoire réelles de Cessna 172 sur FlightRadar24 pour me faire une idée plus précise. En voici 2 exemples concrets :

Et ci-dessous, ma trajectoire virtuelle effective. C’est assez ressemblant, non?

Pour naviguer, j’ai repris les mêmes repères radios qu’à l’époque :

  • Imperial VOR (IPL) pour ancrer la route vers l’est,
  • puis Bard (BZA) qui marque la transition vers Yuma, située juste au sud.

Ce sont des aides simples, mais dans ces régions où la topographie se ressemble d’un vallon à l’autre, elles deviennent de véritables cordes vocales tendues à travers le désert.

Voici encore d’autres représentations de mon arrivée, avec le fameux angle de la frontière :

Une belle pente stabilisée…presque…

Touché… roulé… respiré.

Ce premier grand saut dans le désert venait de se terminer.
Après l’adrénaline, la chaleur et la concentration, un petit en-cas bien mérité sur le parking n’a jamais eu un goût aussi agréable.
Le voyage n’était pourtant qu’à son début.

👉 Dans le prochain post : la longue traversée vers Twentynine Palms (KTNP), entre souvenirs et surpise…

Solo Cross-Country 1997 → MSFS – Étape 1 (Partie 1) : De Montgomery Field (KMYF) à Jacumba (L78)

Introduction : Refaire mon vol fondateur, 28 ans plus tard

En avril 1997, je réalisais l’un des vols les plus marquants de ma formation de pilote : le long cross-country solo, cette navigation d’au moins 150 nautiques, jalonnée de trois atterrissages complets, que tout élève doit effectuer entièrement seul. C’était l’épreuve où l’on quitte vraiment le confort du terrain habituel pour affronter l’espace aérien contrôlé, le désert, le relief… et surtout la responsabilité totale de la navigation, des décisions et des imprévus.

Le 15 avril, j’ai donc pris place à bord du Cessna 152 N24750, basé à Montgomery Field (KMYF), pour une boucle ambitieuse : KMYF → KNYL → KTNP → KMYF.

En rose : la route réelle approximative de 1997. En bleu : les déviations effectuées dans MSFS.

Un itinéraire simple sur la carte, mais riche en défis : vastes zones désertiques, proximité de la frontière mexicaine, espaces militaires, et suffisamment d’inconnues pour faire monter la tension. Sur les conseils de mon instructeur, j’avais même embarqué une bouteille de quatre gallons d’eau — près de quinze litres — au cas où un atterrissage forcé dans le désert se révélerait nécessaire.

Ce jour-là, mon petit Cessna 152 m’a conduit de San Diego à Yuma, puis vers Twentynine Palms, avant un retour dans la lumière déclinante qui, encore aujourd’hui, reste gravée comme un moment suspendu.

Près de trente ans plus tard, j’ai choisi de refaire ce même parcours dans Microsoft Flight Simulator, étape par étape, pour confronter mes souvenirs aux paysages numériques magnifiquement recréés.
Ces quatre articles racontent à la fois le vol d’origine et sa reconstitution moderne : les sensations, les zones survolées, les anecdotes et tout ce qui fait la saveur unique de ce premier grand voyage en solo.

Bienvenue dans ce récit en quatre volets.
Installez-vous, et laissez le moteur du Cessna 152 vous ramener en 1997.

Revoler ce trajet près de 30 ans plus tard… en simulation

Dans MSFS, j’ai décidé de refaire exactement ce parcours, mais avec des étapes un peu plus courtes. La première branche KMYF → KNYL étant assez longue, je l’ai coupée en deux et je me suis arrêté à Jacumba (L78) pour cette première partie.

Mon vaillant petit Cessna 152 au parking à Montgomery.
Au « Run-Up » piste 28L, prêt à décoller.

Dès le décollage de KMYF, les sensations reviennent : le bruit familier du Lycoming, la route qui se dessine vers l’est, et surtout la zone d’approche très fréquentée de San Diego International (KSAN) juste au sud. Comme en 1997, il faut strictement tenir les altitudes prescrites pour ne pas se retrouver nez à nez avec un liner en approche. Même virtuellement, la concentration remonte d’un cran.

Gillespie Field (KSEE) sous mon aile gauche : l’aéroport où j’ai effectué mon tout premier vol solo quelques jours auparavant.
Sur ma droite : Sweetwater Reservoir.
San Diego Downtown en arrière plan.
J’ai calé mon instrument de navigation sur le radial 084 du VOR de Mission Bay pour ne pas entrer dans la zone d’approche de KSAN et comme on peut le voir, je flirte avec les limites…
Passage près de Lyons Peak (3760 ft).

Une fois libéré vers l’est, le relief change rapidement : San Diego disparaît derrière les collines, les premiers sommets de la chaîne côtière apparaissent, et très vite c’est l’immensité ocre et sèche du désert californien qui prend le relais. Entre les roches ocres, les vallées asséchées et les zones militaires qui quadrillent la région, ce segment n’a rien de monotone.

Arrivée sur Barrett Lake, un point visuel facilement reconnaissable et qui indique que je sors de la zone d’approche de KSAN.
Sous mon aile gauche : Morena Reservoir.

La frontière mexicaine… un trait à ne surtout pas dépasser

L’un des moments marquants du vol réel — et tout aussi vrai en simulation — est la proximité avec la frontière du Mexique. Le plan de route la longe d’assez près, suffisamment pour obliger à constamment surveiller sa trajectoire. On a parfois l’impression qu’un léger coup de vent pourrait vous envoyer du mauvais côté… et ce n’est vraiment pas le genre de surprise souhaitée lors d’un solo PPL.

Je commence à distinguer au loin devant moi, la colline qui se situe à proximité de Jacumba.

Arrivée à Jacumba (L78)

Après avoir franchi les montagnes et glissé dans la vaste cuvette désertique, Jacumba se révèle comme une oasis d’asphalte au milieu de nulle part. C’est là que j’ai décidé de couper cette première étape. Un terrain isolé, silencieux, presque hors du temps… l’endroit idéal pour faire une pause avant de poursuivre le périple vers Yuma.

Comme c’est la première fois que je me pose sur cette piste, je me suis fait un peu surprendre par cette colline qui rend le circuit d’atterrissage un peu périlleux…Sur cette image, on distingue clairement le mur qui sépare la Californie du Mexique, c’est vraiment très proche!
Au final, je ne m’en sors pas trop mal.

Mais la suite ne sera pas de tout repos : zones militaires actives, longues étendues désertiques et souvenirs très précis du vol original…
Et puis, il y aura l’arrivée à KNYL et ses petites surprises.

👉 À suivre dans le prochain post : la deuxième partie de l’étape KMYF → KNYL, et le survol des zones militaires autour d’El Centro…